Entre mer et littérature : les CPGE de Saint-Exupéry clôturent l’année sur la Côte d’Albâtre

Pendant deux jours caniculaires, les 25 et 26 juin 2026, trente étudiants des filières LS, ECG et MPSI des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles du Lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie, accompagnés de trois de leurs professeurs, se sont rendus sur la Côte d’Albâtre, que certains découvraient pour la première fois. Entre visites de musées, poésie, littérature, cinéma, musique et promenades, ce séjour a illustré avec éclat la richesse d’une pédagogie qui fait dialoguer les disciplines et place la culture au sommet.

Point d’orgue d’une année particulièrement dense, ce voyage culturel a aussi été conçu comme les prémisses des enseignements dispensés en ECG2 et MP en 2026-2027 autour des deux thèmes concours: Les arcanes de la création et L’humanité. Plus qu’un voyage de fin d’année, il a constitué une véritable expérience intellectuelle et humaine.

Le départ a tout d’abord été marqué par une petite frayeur sur l’autoroute lorsqu’un dysfonctionnement de la boîte de vitesses automatique du car a momentanément interrompu le trajet. Grâce au professionnalisme, au sang-froid et à la réactivité de notre chauffeuse, Louba, la situation a été rapidement maîtrisée et le voyage a pu reprendre en toute sécurité. Cet imprévu, vite oublié, a finalement renforcé la bonne humeur du groupe, heureux de poursuivre l’aventure vers les falaises normandes.

Le trajet vers la Côte d’Albâtre a constitué une première séquence pédagogique. En traversant la Seine-Maritime, les étudiants ont pu observer, à la demande d’Elisabeth Di Marco, un territoire aux activités économiques particulièrement diversifiées. Les plaines agricoles, les fermes souvent à la pointe de l’innovation, les infrastructures industrielles et énergétiques, ainsi que les nombreux parcs éoliens terrestres, ont pu donner lieu à une réflexion sur les mutations du monde rural, les enjeux de la transition énergétique et l’aménagement du territoire. Le parcours a également permis d’apprécier l’architecture traditionnelle normande, où alternent harmonieusement la brique et la pierre, révélant une identité régionale façonnée par l’histoire. Cette lecture de paysage a illustré les relations que les sociétés entretiennent avec leur environnement et la manière dont elles le transforment au fil des siècles, faisant déjà écho aux thèmes de Culture générale qui allaient nourrir l’ensemble du séjour pensé par Benoît Schneckenburger.

La première journée a conduit le groupe à Fécamp, cité maritime dont l’histoire demeure intimement liée à la mer. Installé dans une ancienne sécherie de morue, le Musée des Pêcheries retrace plusieurs siècles d’histoire locale à travers un remarquable ensemble de collections mêlant patrimoine maritime, histoire, ethnographie et beaux-arts. Du haut du belvédère, les étudiants ont pu embrasser d’un seul regard le port, la ville et les falaises avant ou après la plongée dans l’épopée des Terre-Neuvas.

Répartis en trois groupes, les étudiants ont complété un questionnaire pédagogique les invitant à observer, comparer et analyser les collections. Maquettes de navires, instruments de navigation, matériel de pêche, photographies d’époque, tableaux, témoignages et objets du quotidien – notamment d’adorables pipes de toutes tailles et de toutes matières – leur ont permis de mieux comprendre la vie des marins partis pendant de longs mois pêcher la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Ils ont également découvert l’importance de la pêche au hareng, qui fit longtemps la prospérité de Fécamp, ainsi que les activités de transformation du poisson qui animaient autrefois les quais du port.

Le musée rappelle également le prix humain de cette aventure maritime. Les nombreux récits de tempêtes et de naufrages, illustrés par des photographies, des œuvres picturales et des objets sauvés des épaves, ont permis de mesurer les risques auxquels étaient confrontés les marins, mais aussi les conséquences de ces tragédies pour les familles restées à terre. Ces collections ont nourri une réflexion sur le courage, la solidarité, la mémoire et la résilience des communautés littorales.

La visite a enfin permis d’évoquer les grandes figures associées à Fécamp : Guy de Maupassant, Georges Simenon, qui y situe plusieurs enquêtes du commissaire Maigret, ou encore Anita Conti, pionnière de l’océanographie moderne et précurseure de la protection des ressources marines. La présence, au large, de l’un des principaux parcs éoliens offshore français a ouvert une réflexion conduite par Nathan Lardier sur les défis contemporains de la création technique et de la transition énergétique, prolongeant ainsi les questionnements attendus en CPGE sur les rapports entre l’humanité, la nature et le progrès.

Après une première baignade et un plantureux pique-nique de bagels et gaufres à l’ombre d’une cabane de lecture sur la plage de galets, les étudiants ont embarqué dans l’après-midi à bord d’un ancien gréement pour une navigation le long des falaises de la Côte d’Albâtre. Accueillis par un équipage passionné, ils ont découvert la vie à bord d’un voilier traditionnel. Les marins ont partagé leur expérience, racontant les réalités du quotidien en mer, les exigences du travail d’équipe, les manœuvres, les contraintes liées au vent et aux marées, mais aussi les valeurs de solidarité indispensables à toute navigation.

Loin d’être de simples spectateurs, les étudiants ont été invités à participer aux manœuvres. Sur les conseils de l’équipage, ils ont aidé à hisser les voiles, à enrouler et dérouler les bouts, et à observer le rôle de chacun dans la conduite du navire. Cette immersion concrète leur a permis de mesurer l’ingéniosité des techniques de navigation traditionnelles et l’importance de la coopération pour mener un bateau à bon port.

Au cœur de cette expérience, la littérature est venue dialoguer avec le paysage : sur le pont du navire, face au vent et à l’immensité de la Manche, L’Albatros de Charles Baudelaire a dû résonner, tout du moins pour ceux qui n’avaient pas le mal de mer! Dans ce décor exceptionnel, le destin de l’oiseau majestueux, souverain des airs mais maladroit sur le pont du bateau, prenait une résonance toute particulière. Entre poésie et patrimoine maritime, les étudiants pouvaient se saisir d’un moment où la création littéraire trouvait un écho direct dans l’expérience du réel.

L’albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

La journée s’est poursuivie autour d’un dîner convivial. Avant que ne débute le repas dans une salle privatisée très tendance, les étudiants ont partagé un nouveau moment de littérature avec la lecture par Nathan Lardier d’Enivrez-vous, de Baudelaire, célébrant le bonheur de vivre intensément les instants de découverte, de culture et d’amitié.

Enivrez-vous

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.« 

Et justement, le dîner a ensuite laissé place à un moment de détente particulièrement attendu. Autour d’un karaoké et de jeux en tous genres, étudiants et professeurs ont partagé un véritable moment de convivialité où les générations se sont retrouvées autour de grands classiques de la chanson. Les voix de Benoît Schneckenburger, de Nathan Lardier et de leurs étudiants ont ainsi fait résonner des succès de Salvatore Adamo, de David Bowie, de Radiohead ou encore d’Alicia Keys, dans une ambiance aussi chaleureuse que festive. Entre éclats de rire, prestations parfois audacieuses et encouragements des habitués du lieu, cette soirée a souligné l’execllent état d’esprit de ce groupe.

Le lendemain, après une nuit réparatrice pour certains, beaucoup plus mouvementée pour d’autres, et après un bon petit-déjeuner servi par notre adorable hôtesse, le groupe, toujours conduit par Louba, a pris la direction d’Étretat pour découvrir tou d’abord Le Clos Arsène Lupin, l’ancienne demeure de Maurice Leblanc. Derrière son élégant jardin d’agrément se dévoile une typique maison de ville normande, dont les petites pièces regorgent d’objets insolites, de souvenirs, de tableaux et d’énigmes, à l’image de l’univers de son célèbre héros. Munis d’un audioguide, les étudiants se sont laissés happer par un dialogue original où se mêlaient les voix de Maurice Leblanc et de son irrésistible gentleman-cambrioleur, Arsène Lupin. Au fil des salles, ils ont découvert une multitude d’objets intrigants : faux cols soigneusement rangés, cannes, coffrets mystérieux, documents, affiches des nombreuses adaptations des aventures d’Arsène Lupin, mais aussi reproductions de chefs-d’œuvre dont la présence invitait au doute : s’agissait-il de véritables tableaux ou de copies ? La Joconde et la Vénus au miroir, si souvent associées dans l’imaginaire collectif aux exploits du célèbre cambrioleur, semblaient prolonger le jeu entre illusion, mystification et création artistique.

Répartis à nouveau en trois groupes, les étudiants ont mené leur visite en complétant un questionnaire alternant observations à l’extérieur, dans le jardin, et recherches à l’intérieur de la maison. Cette démarche les a conduits à porter une attention particulière aux objets, aux décors et à la mise en scène imaginée par les concepteurs du musée. Au-delà de la découverte de Maurice Leblanc, cette visite a offert une réflexion originale sur les frontières entre réalité et fiction, authenticité et faux-semblant, tout en illustrant la manière dont un personnage littéraire peut traverser les générations et nourrir l’imaginaire collectif.

Dans les jardins de la maison, professeurs et étudiants se sont ensuite affrontés lors d’un blind test organisé par Elisabeth Di Marco, consacré aux musiques de quinze films ayant pour thème ou pour décor la mer. Cette parenthèse a illustré les liens étroits qui unissent littérature, cinéma et musique tout en favorisant les échanges entre les étudiants des trois filières: avec un résultat… honorable de 9 points sur 15! Chers étudiants, à vos classiques!

Le parcours s’est poursuivi par une randonnée sur la falaise d’Amont où le groupe a pu se régaler des excellents sandwichs achetés en ville et du plateau de grillés aux pommes transporté par deux étudiants courageux. Là-haut, face à la falaise d’Aval depuis laquelle Monet composera la toile que les étudiants verront à Giverny le lendemain, face à cette nature grandiose, les vers de Baudelaire se sont imposés très certainement aux étudiants et professeurs amateurs de poésie en donnant une profondeur particulière à ce moment de contemplation.

L’homme et la mer

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Après le pique-nique sur les sommets, la plage d’Étretat a offert une parenthèse rafraîchissante particulièrement appréciée. Sous un soleil de plomb, après l’ascension de la falaise et la descente vers le rivage, plusieurs étudiants n’ont pas résisté au plaisir d’une seconde (ou troisième) baignade dans la Manche. Les plus téméraires ont même plongé depuis la barge aménagée au large, sous le regard amusé de leurs camarades. Cette baignade, aussi revigorante que bienvenue après les efforts de la randonnée, a constitué un moment de détente et de partage particulièrement apprécié. Et c’est dans cette ambiance détendue où il était possible de lézarder, de nager, de rire ou de repartir pour un dernier tour, que les vers d’Au bord de la mer de Théophile Gautier – enfin dits par Elisabeth Di Marco – sont venus conclure cette journée, faisant dialoguer une dernière fois la poésie avec les paysages d’Étretat.

Au bord de la mer

La lune de ses mains distraites
A laissé choir, du haut de l’air,
Son grand éventail à paillettes
Sur le bleu tapis de la mer.

Pour le ravoir elle se penche
Et tend son beau bras argenté ;
Mais l’éventail fuit sa main blanche,
Par le flot qui passe emporté.

Au gouffre amer pour te le rendre,
Lune, j’irais bien me jeter,
Si tu voulais du ciel descendre,
Au ciel si je pouvais monter !

Tout au long de ces deux journées, les paysages, les œuvres littéraires, le patrimoine maritime, l’histoire locale, les enjeux environnementaux, le cinéma, la poésie et la musique ont constitué autant de portes d’entrée pour interroger la création sous toutes ses formes et la place de l’homme dans son milieu. Cette approche transversale, au croisement des disciplines, illustre pleinement l’esprit des Classes Préparatoires, où les savoirs dialoguent en permanence.

Au-delà de sa dimension culturelle, ce séjour a constitué un moment privilégié de cohésion. Étudiants de LS, d’ECG et de MPSI ont partagé visites, randonnées, jeux, repas et soirées dans une atmosphère chaleureuse, favorisant les échanges entre filières mais aussi avec leurs professeurs. Ces instants de convivialité renforcent l’esprit de groupe qui fait la force des Classes Préparatoires et contribuent à créer un environnement propice à la réussite de chacun.

« Nous avons fait un beau voyage… »

En deux jours, les étudiants auront parcouru bien plus que quelques kilomètres entre Fécamp et Étretat. Ils auront navigué sur un gréement traditionnel, découvert l’histoire des Terre-Neuvas, marché dans les pas d’Arsène Lupin, interrogé les liens entre l’homme et la mer, récité Baudelaire et Théophile Gautier dans les lieux mêmes où leurs vers semblaient prendre vie, reconnu (ou pas) les musiques de films devenues emblématiques et partagé des moments de franche convivialité autour d’un karaoké où des chanteurs de diverses nationalités ont réuni étudiants et professeurs dans une même bonne humeur.

À travers ce séjour, les CPGE du lycée Saint-Exupéry ont une nouvelle fois démontré que l’excellence académique se construit aussi hors de la salle de classe. Observer, écouter, lire, marcher, débattre, jouer, chanter, s’émerveiller : autant de façons d’apprendre et de donner du sens aux enseignements.

Plus qu’un séjour de fin d’année, ces deux journées auront constitué une véritable expérience humaine. Elles laisseront à chacun le souvenir d’une promotion soudée, d’instants privilégiés partagés avec les professeurs et d’une culture vécue au plus près des œuvres et des paysages. Une belle manière de refermer une année exigeante… avant de larguer les amarres vers de nouveaux horizons.

Remerciements

La réussite de ce séjour n’aurait pas été possible sans le soutien de nombreux partenaires que les étudiants et l’équipe pédagogique tiennent à remercier chaleureusement.

Nos remerciements s’adressent tout d’abord à Monsieur le Proviseur qui accompagne et encourage les projets pédagogiques des Classes Préparatoires, ainsi qu’au service gestionnaire et au Conseil d’Administration, dont le soutien a permis la concrétisation de ce voyage.

Nous exprimons également notre gratitude à la Cité Éducative, partenaire incontournable des actions menées en faveur de l’ouverture culturelle et de la réussite des étudiants.

Bien entendu, nous adressons un remerciement tout particulier aux membres du Lions Club qui soutiennent depuis plusieurs années les projets des CPGE. Leur fidèle générosité s’inscrit dans une relation de confiance fondée sur l’engagement de nos étudiants. Ceux-ci se mobilisent en effet chaque année à leurs côtés, notamment lors de la collecte de la Banque Alimentaire au mois de novembre et cette année, lors de l’opération Tulipes contre le cancer au printemps. Cette collaboration, fondée sur les valeurs de solidarité, d’engagement et de citoyenneté, permet de rendre accessibles des projets culturels ambitieux à l’ensemble des étudiants. Merci aux Lions et merci à Franck Petel, Lion d’entre les Lions et parrain de notre ECG!

Enfin, mille fois merci à Benoît Schneckenburger, Professeur de Philosophie, Président de l’Association PrépaMantes et infatigable artisan de ce séjour. Grand amoureux de la Côte d’Albâtre, qu’il parcourt inlassablement à pied, à vélo… et même à la nage!, il a su partager avec les étudiants et avec ses collègues sa connaissance des lieux, son enthousiasme et sa joie de vivre. Grâce à son investissement et à sa passion, ce séjour a pris une dimension à la fois intellectuelle et profondément humaine, fidèle à l’esprit de nos classes.

Merci merci à Samira pour certaines des photos publiées dans cet article! Et pour finir en beauté, le vlog d’Emilie, membre particulièrement active du BDE!

Edm

Agrégée d'Espagnol CPGE Chaire Supérieure Professeure CPGE depuis 1998 Secrétaire PrépaMantes

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